Il y a des savoirs qui se transmettent par les livres, d'autres par les mains. L'orthopractie appartient à la seconde catégorie. Son histoire commence par une légende, se construit dans l'ombre d'un praticien discret, et aboutit à une technique que j'utilise chaque jour en fin de séance pour faire valider par le cerveau les corrections effectuées.

Jean Moneyron — la légende et l'homme

Jean Moneyron était d'abord pharmacien. Selon la transmission orale qui constitue la seule "histoire" officielle de cette méthode, il aurait appris sa technique d'une religieuse rebouteuse dans un couvent près de Vichy — elle-même tenant son savoir d'un moine bouddhiste. La chaîne de transmission est invérifiable, mais elle dit quelque chose d'essentiel : cette approche du corps debout, dans son orthostatisme, dans sa verticalité, appartient à une tradition empirique très ancienne, bien antérieure à la physiothérapie académique.

Comprenant que l'exercice d'une telle technique sans titre pourrait poser problème, Moneyron passa un diplôme de kinésithérapeute — non pour pratiquer la kinésithérapie conventionnelle, mais pour exercer sa méthode sans contraintes réglementaires. C'était un homme pragmatique.

La chaîne de transmission

Moine bouddhiste → Sœur rebouteuse (couvent, Vichy) → Jean Moneyron (pharmacien-kinésithérapeute) → Jean-Luc Saffin (25 ans à ses côtés) → Première promotion officielle de praticiens (La Rochelle, fin des années 1990) — dont Éric Norguet, Jacques de Micas et Michel Balbastre.

Jean-Luc Saffin et la première transmission formelle

En 1968, Jean-Luc Saffin rejoint Moneyron comme assistant kinésithérapeute. Il restera à ses côtés près de 25 ans — apprenant par observation, par répétition, par imprégnation. Une transmission artisanale, au sens noble du terme.

C'est à notre demande explicite — Jacques de Micas, Michel Balbastre et moi-même — que Saffin accepta, à la fin des années 1990, de formaliser et de dispenser une formation structurée à cette méthode. Nous fûmes ainsi la première promotion officielle de praticiens formés à la méthode Moneyron. Les praticiens précédents étaient des observateurs isolés venus voir Moneyron travailler dans son cabinet — il n'y avait jamais eu de cursus formalisé.

La formation se déroula à La Rochelle. C'est à l'issue de cette première promotion, à la suite d'un différend avec la fille de Jean Moneyron sur la question des droits et du nom, que nous adoptâmes le terme d'orthopractie pour désigner cette approche — terme neutre, descriptif, qui appartient à la discipline plutôt qu'à une famille.

Le corps debout — la philosophie de l'orthostatisme

La grande originalité de l'orthopractie par rapport à toutes les autres approches manuelles est là : le patient est traité debout, dans son orthostatisme.

Ce n'est pas un détail technique — c'est une position philosophique. Nous ne passons pas notre vie allongés. La posture, l'équilibre, la répartition des charges dans le corps se lisent et se traitent dans la position où ils s'expriment réellement : la station debout, dans la gravité, dans le mouvement potentiel.

Traiter quelqu'un allongé, c'est le sortir de son contexte postural réel. C'est travailler sur une mécanique mise à l'arrêt. L'orthopractie choisit de travailler dans la gravité, avec elle, sur un corps qui porte son propre poids et négocie en permanence avec l'espace.

Principe fondamental
L'orthopractie est une technique de posturologie dans laquelle le patient est traité debout, dans son orthostatisme. Elle agit sur le tissu conjonctif de manière réflexe et permet des corrections et des ajustements posturaux durables.

Comment ça fonctionne

Action sur le tissu conjonctif par voie réflexe

L'orthopractie n'est pas une manipulation articulaire. Elle ne mobilise pas directement une vertèbre ni ne force une articulation en restriction. Son mode d'action est réflexe : des contacts précis sur des zones spécifiques du corps — tendons, insertions musculaires, points de jonction fasciale — envoient un signal au système nerveux central, qui répond en réorganisant la répartition des tensions dans l'ensemble de la chaîne posturale.

C'est la différence entre appuyer sur un bouton et tirer sur un levier. L'orthopractie appuie sur des boutons neurophysiologiques — le corps fait le reste.

La validation cérébrale

J'utilise l'orthopractie systématiquement en fin de séance ostéopathique, pour une raison précise : faire valider par le cerveau les corrections effectuées.

Une manipulation ostéopathique lève une restriction, libère une tension. Mais le système nerveux central a une mémoire posturale — il "connaît" le schéma corporel habituel du patient, même déséquilibré, et tend à y revenir. L'orthopractie en fin de séance, en agissant sur les récepteurs proprioceptifs en position debout, aide le cerveau à intégrer le nouvel équilibre comme référence. C'est une consolidation neurologique de la correction manuelle.

Ce n'est pas le corps qu'on traite — c'est le dialogue entre le corps et le cerveau qu'on réoriente. — Éric Norguet

Une pratique inclusive

L'un des atouts majeurs de l'orthopractie est son accessibilité à toutes les populations, y compris celles que les manipulations structurelles classiques ne peuvent pas atteindre :

Orthopractie et ostéopathie — une complémentarité

Ces deux approches ne sont pas concurrentes. Elles travaillent à des niveaux différents de l'organisation du corps et se renforcent mutuellement.

Ostéopathie

Travail en décharge (allongé)

Correction des restrictions articulaires et tissulaires

Action directe sur les structures

Techniques structurelles, fasciales, viscérales, crâniennes

Orthopractie

Travail en charge (debout)

Consolidation de l'équilibre postural global

Action réflexe sur le système nerveux

Validation cérébrale des corrections effectuées

Dans la pratique, la séquence idéale est : travail ostéopathique en profondeur → lever les restrictions, libérer les tensions → puis orthopractie debout pour ancrer le nouvel équilibre dans la proprioception du patient et faciliter l'intégration neurologique.

En pratique dans ce cabinet

L'orthopractie est intégrée systématiquement en fin de séance lorsque l'état du patient le permet. Elle est aussi utilisée seule pour des consultations de bilan postural rapide, ou pour des patients ne pouvant pas bénéficier de manipulations structurelles.

La séance d'orthopractie dure 10 à 20 minutes. Le patient reste habillé. Tarif identique à la séance d'ostéopathie : 50 €.

Pourquoi la posture est centrale

La posture n'est pas une question esthétique. C'est le résultat visible d'un état d'équilibre entre des forces mécaniques (pesanteur, réaction du sol, tensions musculaires et fasciales) et des forces neurophysiologiques (proprioception, système vestibulaire, oculomotricité). Elle est la signature de l'état fonctionnel global du système.

Un déséquilibre postural chronique n'est pas seulement inesthétique — il génère des contraintes mécaniques asymétriques sur les articulations, des adaptations compensatoires qui épuisent les groupes musculaires sollicités, et des signaux proprioceptifs erronés qui entretiennent le déséquilibre. C'est un cercle vicieux que seule une intervention à la fois sur les structures et sur le système nerveux peut véritablement interrompre.

L'orthopractie agit précisément à l'interface entre ces deux niveaux — et c'est pourquoi, 25 ans après avoir reçu cette transmission à La Rochelle, je continue à la pratiquer à chaque séance.

Pour aller plus loin

Posturologie clinique — Bernard Bricot, La reprogrammation posturale globale

Proprioception et contrôle postural — Nashner & McCollum, travaux fondateurs (1985)

Fascias et proprioception — Robert Schleip, Fascial Proprioceptors and Their Contribution to Back Pain (2003)

L'orthopractie n'a pas fait l'objet de publications académiques formelles à ce jour — elle reste une tradition clinique transmise par compagnonnage. Sa validation est empirique et clinique, portée par des décennies de pratique.